Soutenance de thèse – Florence Pontais
Le 29 octobre 2026 à 14:00Lieu : BBS
Florence Pontais
Equipe DECAD, INCIA
Thèse dirigée par Catherine Le Moine
Les substrats neuronaux de la prise de décision impliquant un risque
Résumé
La prise de décision impliquant un risque consiste à choisir entre des alternatives dont les
conséquences surviennent avec des probabilités connues. Commun à l’humain et à l’animal, ce
processus cognitif sous-tend aussi bien les décisions économiques que la quête alimentaire. Dans ces
situations, le choix de l’option offrant la plus grande récompense potentielle expose généralement à
un coût, comme le risque de ne rien obtenir. Prendre une décision optimale nécessite alors d’évaluer
les risques/bénéfices et leurs probabilités associées afin d’estimer la valeur attendue de chaque
option. De façon cruciale, lorsque les probabilités changent, apprendre à réévaluer les options et à
ajuster ses choix en conséquence devient nécessaire. Cette capacité est altérée dans plusieurs troubles
neuropsychiatriques, notamment les conduites addictives.
Comprendre comment ces choix se construisent au cours de l’apprentissage et les substrats
neuronaux sous-jacents constitue donc un enjeu majeur. Le cortex orbitofrontal (OFC) est une région
clé de la flexibilité comportementale et de la prise de décision basée sur la valeur et sur l’incertitude.
Fonctionnellement hétérogène, l’OFC regroupe plusieurs sous-régions dont la contribution à ces
processus est distincte. Or le rôle de ses parties médiale (mOFC) et ventrolatérale (vlOFC) dans la
décision basée sur le risque reste mal compris. Cette thèse combine des approches comportementales,
lésionnelles, pharmacogénétiques et de photométrie de fibre chez le rat afin de mieux comprendre le
rôle de ces sous-régions dans l’apprentissage de la prise de décision basée sur le risque.
Nous avons développé une tâche probabiliste où les rats choisissent entre une option associée
à une récompense modeste mais certaine, et une option risquée, pouvant offrir soit une récompense
plus importante, soit aucune récompense. La probabilité de la récompense varie au cours de la session
et définit l’option risquée comme avantageuse ou désavantageuse, amenant les rats à ajuster leurs
choix. Des rats bien entraînés sont capables de faire des choix adaptés à la probabilité, mais leur
dynamique d’apprentissage diffère selon la probabilité. Les lésions du mOFC et du vlOFC avant
l’apprentissage ont montré que seule la lésion du vlOFC augmente les latences de choix en début
d’apprentissage, sans impacter les choix eux-mêmes. Dans une seconde expérience, l’inactivation
pharmacogénétique du vlOFC spécifiquement en début d’apprentissage diminue les choix risqués et
modifie les stratégies de choix jusqu’à la fin de l’apprentissage. En parallèle, les enregistrements par
photométrie révèlent que l’activité du vlOFC pendant les choix est modulée par la valeur de la
récompense. Enfin, des différences interindividuelles ont été mises en évidence au cours de
l’apprentissage. Les mâles et les femelles variaient dans leur stratégie de choix et leurs latences.
D’autre part, une méta-analyse a révélé des rats aux profils extrêmes (prise de risque ou aversion), que
nous avons caractérisés à l’aide d’analyses multivariées.
En conclusion, cette thèse met en évidence l’implication spécifique du vlOFC dans
l’apprentissage de la prise de décision en situation de risque, lorsque la réévaluation des options et
l’adaptation des choix face à un changement de risque sont nécessaires. D’autre part, elle montre que
les phénotypes décisionnels et les différences liées au sexe émergent et se caractérisent au cours de
l’apprentissage.
Jury
Mme COURTIOL Emmanuelle CR, CRNL, UCBL, Lyon – Rapportrice
M. FAURE Philippe DR, ESPCI, Université PSL, Paris – Rapporteur
Mme GRANON Sylvie PU, NeuroPSI, Université Paris-Saclay, Paris – Examinatrice
M. BORAUD Thomas DR, IMN, Université de Bordeaux – Examinateur
Mme LE MOINE Catherine DR, INCIA, Université de Bordeaux – Directrice de thèse
- Lieu
BBS
- Dates
Le 29 octobre 2026 à 14:00